Une figure irlandaise majeure, Jonathan Swift (Dublin, 1667-1745)

L’Irlande, une terre à la fois natale et d’exil

Jonathan Swift naquit en Irlande en 1667 et fit ses études à Trinity College, Dublin, mais il quitta son pays dès 1689 pour l’Angleterre. Il y revint contre son gré en 1714, la chute des Tories rendant son « exil » en Irlande définitif. Il se mit alors, par ses écrits incisifs, à jouer un rôle majeur dans la vie socio-politique de son pays dont il défendait ardemment l’indépendance.

 

1726 : Les Voyages de Gulliver

Le plus connu des ouvrages de Swift est un récit satirique et un conte philosophique à visée réformatrice : « J’écris dans le noble but d’instruire, d’améliorer le genre humain » (IV, XII). Cette œuvre est d’une envergure majeure, dans une veine qui n’est pas sans rappeler Utopia (L’utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement) de Thomas MORE (1516 : latin, 1551 : anglais) et Nova Atlantis (La Nouvelle Atlantide) de Francis BACON (1627). Souvent décrit comme un misanthrope altruiste, Swift, qui ne cessa de dénoncer la cruauté dont l’homme est capable, persista à croire en la perfectibilité humaine.

 

Les Lettres du drapier (1724)

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 1916

C – The Hibernian Patriot / Jonathan Swift.- Dublin ; London : A. Moor, 1730

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2170

B – Fraud detected : or the Hibernian Patriot / Jonathan Swift.- Dublin : G. Faulkner, 1725

Poiters, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2105

A – A Letter to the whole People of Ireland. By M.B. Drapier, author of the Letter to the Shop-Keepers, etc. [i.e. Jonathan Swift].- Dublin : J. Harding, 1724

Ces Lettres (doc. A) – le drapier anonyme n’étant autre que SWIFT lui-même – sont présentes ici dans deux éditions (1725 et 1730) et deux recueils dont le titre met l’accent sur la qualité patriotique de ces écrits : La fraude détectée ou le Patriote hibernien, de 1725 (doc. B) et Le Patriote hibernien, de 1730 (doc. C).

Le Drapier précise qu’il publie ses lettres afin que les profiteurs et les usurpateurs soient publiquement pourfendus et que tout le peuple d’Irlande, éclairé sur ces méfaits, en tire bénéfice. Ces lettres, parfois virulents pamphlets, témoignent notamment de la vigoureuse et concluante campagne que le drapier mena contre un certain William WOOD, lequel avait reçu l’autorisation de frapper des pièces de monnaie irlandaises dont la valeur réelle était inférieure à la valeur nominale (voir La Propriété terrienne et doc. D).

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2113

D – Letter to the Shop-Keepers / Jonathan Swift.- Dublin : J. Harding, 1724

 

La quatrième lettre, « À Tout le Peuple d’Irlande », est datée du 13 octobre 1724. SWIFT remarque de façon ironique : « Je suis certain que nous possédons un grand mérite, auquel ceux qui naissent Anglais ne peuvent pas prétendre : nos ancêtres ont livré ce royaume aux ordres de l’Angleterre, et nous avons reçu en retour un pire climat, le privilège d’être gouverné par des lois auxquelles nous n’avons pas donné notre consentement, un commerce ruiné, une Chambre des Pairs sans juridiction, une incapacité pour presque tous les emplois, et la peur de la pièce d’un demi-pence frappée par Wood. »

On comprend mieux dans ce contexte, le démenti peu sincère à la fin des Voyages de Gulliver : « J’avoue que ce que je dis ici ne regarde point la nation anglaise, qui, dans la fondation des colonies, a toujours fait éclater sa sagesse et sa justice, et qui peut, sur cet article, servir aujourd’hui d’exemple à toute l’Europe. On sait quel est notre zèle pour faire connaître la religion chrétienne dans les pays nouvellement découverts et heureusement envahis ; que, pour y faire pratiquer les lois du christianisme nous avons soin d’y envoyer des pasteurs très pieux et très édifiants, des hommes de bonnes mœurs et de bon exemple, des femmes et des filles irréprochables et d’une vertu très bien éprouvée, de braves officiers, des juges intègres, et surtout des gouverneurs d’une probité reconnue, qui font consister leur bonheur dans celui des habitants du pays, qui n’y exercent aucune tyrannie, qui n’ont ni avarice, ni ambition, ni cupidité, mais seulement beaucoup de zèle pour la gloire et les intérêts du roi leur maître.

Au reste, quel intérêt aurions-nous à vouloir nous emparer des pays dont j’ai fait la description ? Quel avantage retirerions-nous de la peine d’enchaîner et de tuer les naturels ? Il n’y a dans ces pays-là ni mines d’or et d’argent, ni sucre, ni tabac. Ils ne méritent donc pas de devenir l’objet de notre ardeur martiale et de notre zèle religieux, ni que nous leur fassions l’honneur de les conquérir. »

 

Fidèle défenseur de la liberté

La présence de poèmes et de chansons, souvent anonymes, dans ces recueils, attestent de la popularité du drapier. Ainsi des pentamètres iambiques rimés, écrits – nous dit-on – par un jeune homme de 14 ans, dans un style tout à fait épidictique : « Salutations ! Homme puissant, dont la source intarissable/ te donne matière [à discourir] à propos de l’objet le plus terne/ dont la plume perçante expliqua l’argument difficile/ nous procurant sécurité et ainsi loue ton nom. » (doc. C, p. 252).

Ainsi une chanson populaire, dès le premier couplet, le loue pour s’être battu contre les ennemis de l’Irlande avec pour seules armes une plume, de l’encre et du papier : « En vers courts et gais/ nous chanterons les louanges/de ce patriote honnête, le Drapier/ qui, comme tout le monde sait/ a confronté nos ennemis/ avec seuls plume, encre et papier. » (Song I, New Songs Sung at the Club at Mr Taplin’s The Sign of the Drapier’s Head in Truck-Street ; doc. C, p. 253-254). En filigrane, derrière ce portrait élogieux du drapier, c’est l’œuvre de toute une vie à laquelle hommage est rendu, celle de Jonathan SWIFT, infatigable défenseur de la droiture et de la liberté.

 

L’épitaphe

Fidèle à ses talents de pédagogue et de passeur, et fidèle aux valeurs qu’il n’eut de cesse de défendre, SWIFT laissa à sa mort, en 1745, une épitaphe en latin (Cathédrale de Dublin), qui a valeur de viatique :

Va ton chemin, voyageur, et imite, si tu le peux,
l’homme qui défendit la liberté envers et contre tout.

Les œuvres de Swift, ou qui lui sont attribuées, recensées dans le Fonds Dubois, présentées par ordre chronologique

1720: A Proposal for the universal use of Irish manufacture, in cloaths and furniture of houses, etc… utterly rejecting and renouncing every thing wearable that comes from England. Written in the year 1720 [by Jonathan Swift] – [S.l.] : [s.n.], 1737. –12° FD 2201

1720: A defence of English commodities. Being an answer to the proposal for the universal use of Irish manufactures, and utterly rejecting and renouncing every thing that is wearable that comes from England…to which is annexed, an elegy upon the… death of Mr. Demar… who died at Dublin the 6th day of July, 1720. Written by Dean Swift – Printed at Dublin : and reprinted at London, by J. Roberts… MDCCXX. – [2], 28 p. ; 8° FD 2133

1720:  Swearer’s-Bank : or parliamentary security for establishing a new Bank in Ireland. Wherein the medicinal use of oaths is considered. With the « Best in Christendom », a tale. Written by Dean Swift … To which is prefixed an Essay upon English bubbles by Thomas Hope [i.e. Jonathan Swift]… – Dublin : Th. Hume ; London : R. Roberts, 1720. – 8°  FD 2132

1724: A Letter to Mr Harding the Printer, upon occasion of a paragraph in his News-Paper of Aug. lst, relating to Mr Wood’s Half-pence. By M.B., Drapier, Author of the Letter to the Shop-Keepers, etc. [i.e. Jonathan Swiftt] – Dublin : J. Harding, [1724]. – 8° FD 2112

1724:  A Letter to the Right Honourable the Lord Viscount Molesworth. By M.B. Drapier, Author of the Letter to the Shop-keepers, etc. [i.e. Jonathan Swift] – Dublin : J. Harding, [1724]. – 8° FD 2107

1724: A Letter to the Shop-Keepers, Tradesmen, Farmers, and Common-People of Ireland, concerning the Brass Half-pence coined by Mr Woods, with a design to have them pass in this Kingdom. Wherein is shewn the power of the said Patent, the value of the Half-Pence … By M.B. Drapier [i.e. Jonathan Swift] – Dublin : J. Harding, [1724]. – 16° FD 2113

1724: A Letter to the whole People of Ireland. By M.B. Drapier, author of the Letter to the Shop-Keepers, etc. [i.e. Jonathan Swift] – Dublin : J. Harding, 1724. –8° FD 2105

1724: Some observations upon a Paper, call’d, the Report of the Committee of the Most Honourable the Privy-Council in England, relating to Wood’s Half-pence. By M.B. Drapier, Author of the Letter to the Shop-Keepers, etc. [i.e. Jonathan Swift]. The second edition corrected – Dublin : J. Harding, [1724]. –8° FD 2111

1725: Fraud detected : or, the Hibernian Patriot. Conataining, all the Drapier’s Letters to the People of Ireland, on Wood’s coinage  [by Jonathan Swift], etc. interspers’d with … particulars … To which are added, Prometheus, a poem. Also… songs sung at the Drapier’s Club – Dublin : G. Faulkner, 1725. – 8° FD 2170

1729: Seasonable remarks on trade. With some reflections on the advantages that might accrue to Great Britain, by a proper regulation of the trade of Ireland. Wrote in London, but now first publish’d in Dublin, as a preface to other essays on the trade and manufactures of Ireland (avec John Browne).
[Contient : An essay on trade in general ; and, on that of Ireland in particular, de John Browne (p. 47-105). Considerations on two papers lately publisched. The first call’d, Seasonable remarks, &c. And the other, An essay on trade in general, and that of Ireland in particular » de Jonathan Swift (p. 107-124).  An appeal to the reverend Dean Swift, by way of reply to the observer on seasonable remarks » de John Browne (p. 125-132). A letter in answer to a paper intitl’d An appeal to the reverend Dean Swift de Jonathan Swift (p. 133-144)] FD 2151

1730:    The Hibernian Patriot : being a collection of the Drapier’s Letters to the People of Ireland, concerning Mr.Wood’s Brass Half-Pence. Together with Considerations on the attempts made to pass that coin. And reasons for the People of Ireland’s refusing it. To which are added, poems and songs relating to the same subject – Printed ad Dublin. London: reprinted and sold by A. Moor in St. Paul’s Church-yard, and the booksellers of London and Westminster, MDCCXXX. – [8], 264 p. [sig. [ ]1 A3 B-R8 S4) ; 8° FD 1916

1730:    A Modest proposal for preventing the children of poor people from being a burthen to their parents or the country, and for making them beneficial to the publicks – Dublin printed ; and reprinted ad London : for Weaver Bickerton, 1730. – 23,[1] p. ; 8° FD 2154

1731: An Infallible scheme to pay the publick debt of this nation in six months. Humbly offered to the consideration of the present P——t… – [S.l.] : [s.n.], 1731. – 16 p. ; 16°. (Également attribué à Jonathan Swift) FD 2205

1737:    The Drapier’s Letters to the People of Ireland, concerning Mr Wood’s Brass Half-Pence: Letter I-VII. Written in 1724 by M.B. Drapier, i.e. Jonathan Swift] – [S.l.] : [s.n.], 1737. – Pag. 57-207 ; 12° FD 2202

1737: A Proposal for the universal use of Irish manufacture, in cloaths and furniture of houses, etc… utterly rejecting and renouncing every thing wearable that comes from England. Written in the year 1720 [by Jonathan Swift] – [S.l.] : [s.n.], 1737. –12° FD 2201

1745: The Drapier’s second letter to the good people of Ireland  – Dublin : [s.n.], 1745. –8° FD 2375

1749: Dean Swift’s Ghost, to the citizens of Dublin. Concluding with a word particularly to the weavers. [By Jonathan Swift ?] – Dublin : [s.n.], 1749. –8° FD 2330

1753: A dialogue between Dean Swift and and Tho. Prior. esq., in the isles of St. Patrick’s church, Dublin… October 9th 1753] FRIEND TO THE PEACE AND PROSPERITY OF IRELAND. – Dublin : G. and A. Ewing, 1753. – 8° FD 2353

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